lundi 21 octobre 2019

Parasol enluminé des séquoias géants

" La suite s'accomplit comme en rêve - services, smashes, amortis, lobs, plongeons, coups gagnants qui explosent comme des grains de pop-corn, point du règlement qui exige le port de la robe, indécision qui contribue à la gloire du sport, décélération vertigineuse, volant qui n'en finit pas de voler.
Il est temps d'achever la traversée. A travers la brume, ils passent le long d'îles qui semblent flotter. Derrière les nappes de brume, ils parviennent en vue de Marathon, accostent sur une plage de galets qui brillent sous l'eau comme des poissons. Ils prennent pied sur le territoire des Anishinaabe, le peuple des origines, déjà ici cinq siècles avant notre ère, qui fabriquait déjà des canoës en bouleau et des ustensiles en cuivre. Pendant quelques mois après la guerre, Marathon a été nommée Everest, no pour saluer le plus haut sommet du monde, mais pour faire plaisir à Mr Everest, le président du consortium qui possédait l'usine de pâte à papier.
Au coin de la Transcanadienne, Reed et Kerouac s'éclipsent. Martin et Jack abandonnent leurs canoës en cèdre dans une cabane de pêcheur. Apaisés, inséparables, ils descendent au Zero-100 Motor Inn. A l'orée de la nuit, ils tombent dans les bras l'un de l'autre, se félicitent de ce bout de chemin en commun et regrettent que cet intermède prenne fin. Même s'ils font encore entendre les timbres d'une désolation qui n'a de la désolation que les attributs de ce qui fut magnifique. Et vous deux, mes bien-aimés, je vous bénis quand vous passez, l'un après l'autre, sous le parasol enluminé des séquoias géants."

Bernard Chambaz, Un autre Eden, Seuil, 2019, p. 224.




NB : C'est le dernier "vertige"  (ici "vertigineuse") enregistré dans le récit de Bernard Chambaz. Curiosité : les quatre occurrences relevées se situent toutes en fin de chapitre.

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