dimanche 13 octobre 2019

Arrivage de vertiges




Le vertige selon Calvino, trouvé vendredi à Blois, aux Rendez-vous de l'Histoire, sur le stand des Presses Universitaires de Provence.
Au retour, dans la boîte aux lettres, Histoires de vertige, de Julien Green, livre commandé dont on m'annonçait la livraison pour le jeudi 17 octobre.

mardi 8 octobre 2019

Sons qui sont aux mots ce que le sable est au verre

"De ce réseau on ne peut plus élémentaire, l'enfant là en est le voisin. Il peut arriver qu'IL s'y mette à jouer le semblable, et qu'une branche alors tenue par ses mains y soit jetée sur le tas des autres. On LE dirait de corvée à je ne sais quel enterrement et IL y va de son geste et quasiment d'une prière pour peu qu'IL en marmonne de ces  sons qui sont aux mots ce que le sable est au verre.
Pas de mot à vrai dire dans ce marmonnage, et sans doute pas la moindre idée de nous aider dans cette offrande à nos usages. Il n'y est pas et il serait vain de nous en émouvoir. Il n'y est pas, de cet Y qui aujourd'hui s'inscrit en algue de projets à nous autres coutumiers. Mais les fleurs sans raison de ces balancers qui peuvent croître jusqu'au frénétique, il ne faudrait pas croire qu'elles se mettent à pousser n'importe où et n'importe quand, manière d'être manifestée puisque nous la percevons, et ce qui y manque, en ce lieu ressenti vacant par cet autre-là et pourtant nous Y sommes et IL s'y adonne à ce vertige que nous autres, il nous faut aller le chercher sur une moto, ou dans les fêtes à grands manèges, ou sur les pentes de neige, il ne tient qu'à nous de l'Y créer."

Fernand Deligny, Nous et l'innocent, in Œuvres, L'Arachnéen, p. 794.



lundi 7 octobre 2019

Scié de son existence d'avant

"Quelques semaines auparavant, ce gamin-là qui nous arrivait de Nancy s'était mis à empoigner le tronc d'un arbuste pour s'y agripper à la manière dont s'agrippe un enfant de quelques mois, à croire qu'il faudrait lui scier le poignet pour qu'il lâche. Et lui venait une sorte de grognotement sur l'air de La Marseillaise alors que se dégonflait ce ventre en poche qui le faisait enceint de l'air du monde.
Celle île qui n'en est pas une, cet "il" qui n'en est pas un... Quelque chose manque dans le monde comme il est, et ce gamin, à se raccrocher comme il le fait, ce manque, il en est au bord même : ça doit lui faire, dans le dedans, comme une falaise. Accroché, agrippé à un pas du vide, il l'est resté jusqu'au sommeil qui venait prendre le relais du vertige. Et ça a duré des jours.
Au lieu de scier le bras ou de scier l'arbre, Lin a façonné un long bâton-massue que le gamin trimbalait dans des trajets très incertains alors permis par le fait de ce recours qui se prêtait à déambuler. Et Lin, lui aussi, était là, scié de son existence d'avant. Il en est ainsi de chacun d'entre nous."

Fernand Deligny, Nous et l'innocent, in Œuvres, L'Arachnéen, p. 780.

"Jacques Lin, né en 1948, ancien ouvrier, est aujourd’hui le responsable du lieu d’accueil de Monoblet « les Graniers ». Avec Gisèle Durand-Lin, depuis bientôt quarante ans, en compagnie d’autistes, ils tentent cette expérience de vie en équilibre entre le coutumier et l’imprévu.
Il est l’auteur du livre La Vie de radeau, le réseau Deligny au quotidien, Editions Le mot et le reste, 2007." Voir Dérives.


jeudi 3 octobre 2019

Pourquoi la matraque est-elle si mal vue ?

"Avec une pie, il y a moyen de s'entendre et, somme toute, de la combler à bon compte. Mais avec un enfant qui hurle et se renverse la tête tout à fait comme cet oiseau le fait, imaginez les lunes que nous décrochons de la panoplie pour satisfaire non pas cette quémande vertigineuse, mais notre propre besoin d'y pouvoir quelque chose à ce fait effrayant que nous n'y pouvons rien puisqu'il est flagrant qu'il n'y peut rien celui-là qui s'égosille et se tape la tête à tous les murs de la création, pans verticaux qui immeublent notre espace
Pour le délivrer du malaise qui le hante, il arrive qu'ON le comble de ces gouttes bénies au nom de la science en usage, et l'enfant s'endort, assommé. Mais pourquoi la matraque est-elle si mal vue, puisque son effet est le même ? C'est le geste qui est en cause. Si on y va de la matraque, ça se juge, ça se méjuge. Mais si on y va du petit produit enfourné par un bout ou par l'autre, des gouttes ou du petit cachet enfourné dans l'engouloir tendu de muqueuse rouge comme il en est des cathédrales les jours de sacre, ça se conçoit : alors ON soulage, ON soigne, ON détend."

Fernand Deligny, Oeuvres, L'Arachnéen, 2017, p. 765-766.