vendredi 2 août 2019

Stries que creusent le burin

"Mon atelier s'est toujours résumé à une table. J'ai renouvelé mes burins. (Les anciens étaient d'un acier de meilleure qualité, les cuivres étaient mieux planés, les alliages plus subtils et réguliers. J'ai dû composer.) La même table me suit à chaque déménagement. Son bord droit est érodé par les stries que creusent le burin dont j'éprouve la pointe en l'enfonçant dans le bois. Le même miroir est dressé au même endroit. Fêlé dans un coin, depuis des années, je ne l'ai pas remplacé. Il est le témoin muet, malgré la disparité, d'une unité, d'une continuité.
De même qu'il me faut encore, pour graver un dessin, passer par sa surface reflétante, je ne pouvais éviter le détour par les autres pour me trouver. Aujourd'hui dans cette dernière partie d'un parcours au relief accidenté, avec ses vertigineuses descentes, ses pénibles remontées, ses fréquentes fissures, je suis pleinement le sujet, à la première personne du singulier, du verbe graver. Avec une immense reconnaissance pour ceux qui m'ont donné ce qu'ils étaient, afin que je sois."

Cécile Reims, Un itinéraire à inventer, in Cécile Reims graveur, Maxime Préaud, Bernard Gheerbrant, Éditions Cercle d'art, 2000, p. 119.


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