jeudi 22 août 2019

Sur les terres de Cézanne

"Les Amis de Sainte-Victoire vous accueillirent dans le logis du prieur. Deux nuits de suite, vous avez dormi à la dure sur les planchers des bats-flancs du refuge dans l'ancien prieuré. Vous avez vu au soleil couchant, à l'aube naissante, à l'heure où les formes incertaines se précisent peu à peu, le ciel et la roche s'épouser étroitement. Vos pas ont résonné sur les pierres de l'antique citerne qui recueille depuis des siècles l'eau de ruissellement pour fournir le précieux liquide aux heures de sécheresse. Il faut avoir vu le jour se coucher ou se lever sur la vallée en contrebas qui paraît à la fois proche et lointaine. Proche car le sommet culmine à tout juste mille mètres, lointaine car élevée, loin du monde, vision à perte de vue, panorama époustouflant. De falaises en en éboulis, de terres rouges sillonnées de sentiers perdus en pinèdes anarchiquement plantées, il faut voir vertigineusement la montagne s'élever et qui nous élève avec elle, voir la petitesse des habitations, des villes dans le lointain, leurs lumières qui s'éteignent et s'allument peu à peu, les teintes du ciel et des nuées qui s'étirent jusqu'à l'horizon bleuté, parfois violacé. Vous avez été saisie à ce point par cet environnement si prégnant que vous avez éprouvé le besoin d'en retrouver toute la force dans une série, réalisée dans votre atelier, prenant en compte poétiquement le cumul de ces sensations et la transcription qui vous est apparue la plus propice à traduire cet émerveillement mêlé d'angoisses ancestrales."

Bruno Ely, L'être sur le motif, in Fabienne Verdier, sur les terres de Cézanne, (catalogue d'expositions), 5 Continents, 2019, p. 155.


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